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"Ida menait une existence des plus faciles, elle se levait et s'asseyait et entrait et sortait et se reposait et allait se coucher." Mais malgré cela, malgré cette vie des plus anodines, il lui arrivait quand même de "drôles de choses" à Ida, par exemple s'inventer une jumelle, compter tranquillement jusqu'à dix (mais après "Il lui était très difficile de se rappeler combien de fois dix elle avait pu compter une fois qu'elle les avait comptés car il lui fallait se les rappeler deux fois et quand elle avait compté jusqu'à cent qu'est-ce qui se passait."), rencontrer un certain nombre de gens ("Ça lui avait donné envie de parler"), regarder une mite voler ("ça l'inquiéta"), rencontrer un lézard au beau milieu du Texas, devenir de plus en plus connue (on se demande bien comment), acheter des chaussures, ne pas en acheter, ou encore se marier, pour partir "vivre sous d'autres cieux comme mari et femme"."
Critique d’Oriane (Crayon de couleur rose fuchsia): le seul « vrai » roman de Gertrude Stein qui disait (comme moi, mais je viens trop tard…) que le roman avait échoué à cause de ses personnages préfabriqués (quelque chose comme ça), ce avec quoi je suis d’accord. GS a réussi à faire de la littérature avec du vide, les mots pour les mots sans se soucier réellement de ce à quoi ils pourraient référer; il y a une perte de confiance absolue dans le rôle communicationnel du langage et, en même temps, une confiance absolue dans le langage lui-même. Ce personnage d’Ida se constitue de mécanismes verbaux (d’une certaine façon il y a du Raymond Roussel là-dedans, mais le connaissait-elle?) et c’est bien sympathique même si des imitations caricaturales envahissent le monde littéraire actuel.
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"— Quand on aime quelqu’un, on se fie à lui jusqu’au bout ! clame-t-elle. — Nous ne demandons que cela. C’est pourquoi nous voulons savoir pourquoi tu as menti. — Vous ne comprenez rien ! s’emporta-t-elle. Se fier à quelqu’un jusqu’au bout, c’est précisément ne pas exiger de lui qu’il s’explique. — Nous sommes ravis que tu aies lu Kleist. Mais nous qui ne sommes pas des gens aussi subtils que toi, nous avons besoin d’un supplément d’information."
Critique d’Oriane crayon 4B noir): La fausseté de se dialogue qui n’est que du récit dialogué de façon abusive, pose toute la question de l’usage du dialogue dans la fiction. Faut-il faire parler comme l’on parle dans la réalité ou inventer quelque chose comme une langue qui pourrait être de la langue parlée chez les académiciens un jour de représentation ? Quant au reste…
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"[La maison] est blanche, ce qui ne se voit guère, car des plantes grimpantes courent partout sur les murs, et sautent hardiment sur le toit. Angéline dit: «Le printemps est bien heureux de m'avoir. J'ai si bien fait, que tout est vert.» Aujourd'hui nous avons fait une très longue promenade. On voulait me faire admirer la baie de Gaspé, me montrer l'endroit où Jacques Cartier prit possession du pays en y plantant la croix. Mais Angéline était là, et je ne sais plus regarder qu'elle. Mina, qu'elle est ravissante! J'ai honte d'être si troublé: cette maison charmante semble faite pour abriter la paix. Que deviendrais-je, mon Dieu, s'il allait refuser? Mais j'espère."
Critique d’Oriane (Bic noir): et dire qu’ont été publiés des milliers de livres aussi peu intéressants et aussi mal écrits. Pourtant ce fragment pourrait me servir à évoquer les premières rencontres de Saint-Loup et Roberte en Écosse alors qu’il était encore à peine sorti de l’adolescence. Dans un fragment la pauvreté du style s’atténue, il faudrait pourtant réécrire un peu:
«Saint-Loup: « superbe maison!», il fallait dire quelque chose — «J’ai les doigts verts…», sourit Roberte, «le printemps fait le reste…» Promenade aujourd’hui, très longue, la baie de… où s’échoua… Je n’écoutais rien, ne voyait que Roberte, la beauté de la maison ne provenait que d’elle… »
Quelque chose comme ça !
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"Le jardin des passionistes dominait le plus beau quartier de la ville : à gauche le Palatin et le Forum ; en face le Colisée ; à droite, les ombrages de la villa Célimontane et au loin les monts Albains. Les Éminences péripatéticiennes adoptaient une allée bordée d’yeuses et de piédestaux. L’abbé s’amusait à voir se croiser entre les arbres ces calottes rouges ou ces chapeaux noirs à glands rouges, ces soutanes noires à ceintures rouges, ces bréviaires de cuir rouge." Critique d’Oriane (feutre bleu) : la description ! Comment fonctionne la description dans un travail littéraire? Il est évident qu’ici elle n’apporte rien à qui ne connaît pas les lieux évoqués. C’est une description de noms, elle ne fonctionne que sur des connotations. Même les fragments les plus apparemment ordinaires comme «une allée bordée d’yeuses et de piédestaux» butte sur la nécessité d’une interprétation culturelle car si, je peux savoir à partir d’un dictionnaire ce que sont les «yeuses», je ne peux obtenir le même résultat avec les «piédestaux» : je sais ce que sont des piédestaux mais je ne peux comprendre réellement quel rôle ils jouent là et ne peux me les figurer concrètement sans apporter de moi-même. Toute description, ainsi, est une tromperie, elle ne fonctionne que parce que le lecteur veut bien y mettre du sien, elle n’est qu’un "jeu de mots".
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"Nous ne nous tenons jamais au temps présent. Nous anticipons l’avenir comme trop lent à venir, comme pour hâter son cours; ou nous rappelons le passé, pour l’arrêter comme trop prompt: si imprudents, que nous errons dans les temps qui ne sont pas nôtres, et ne pensons point au seul qui nous appartient; et si vains, que nous songeons à ceux qui ne sont plus rien, et échappons sans réflexion le seul qui subsiste." Critique d’Oriane (feutre rouge) : comment peut-on couper ainsi le temps en tranches? Le présent est encore du passé et déjà de l’avenir, le temps est un continuum insécable: je suis parce que j’ai été et parce que je serai. Sinon je ne suis plus. Que veut donc dire «se tenir au temps présent»? A quelle seconde, à quel dixième de seconde de ce temps présent dois-je me tenir? Je ne suis que parce que je me souviens et parce que je me projette… Tout le reste n’est que sagesse de bazar !
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"C’est un penchant qui s’est asséché et émoussé avec le temps, mais il est toujours resté ancré en moi : enfant, puis adolescent, je ne rechignais pas à consacrer une journée entière à la rêverie. Pour ceux qui n’ont pas eu cette vie particulière, entièrement placée sous l’influence du rêve, cela ne pouvait présenter qu’un danger, si bien que ma grand-mère et mon père, inquiets de mon avenir, et en même temps trop confiants en mon intelligence naturelle, ont sans doute, pour la réveiller, imaginé qu’il fallait ôter la toile d’araignée qui emprisonnait les ailes de la jeune libellule, au risque de la tuer, afin de permettre à ma nature de s’envoler librement." Critique d’Oriane (Bic rouge rageur, le papier est presque déchiré sous le mot libellule) : quel charabia. Comment peut-on considérer cette écriture comme celle d’un GRAND écrivain. C’est confondre le seppuku avec de la chirurgie esthétique… Comment un «penchant» peut-il être «asséché» et, de plus «émoussé» ? Comment la «jeune libellule» court-elle un risque d’être tuée si l’on l’enlève de la toile d’araignée alors que sa mort est certaine si on l’y maintient ? La traduction est peut-être déplorable. J’en doute, plus significativement cela montre comment les lecteurs «spécialisés» d’aujourd’hui se laissent emporter par les métaphores qui s’enfilent en abdiquant toute logique d’écriture.
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"La sainte Axe, vous n’en avez pas marre? La syntaxe: pas que dans la phrase (le vers, si vous aimez mieux). Le cendrier est plein et il n’y a jamais trop de livres. Le complexe de visibilité éditoriale (diffusionnelle surtout). Le conatus me fait penser au conin (ou conil?) féminin. Le con d’Irène, je regrette, m’est tombé des mains. L’écran scintille de fraises. Le CSO n’est pas le CSA (elle est bien bonne). Le désordre alphabétique ruine le plan d’ensemble. L’éditeur Duculot, ça ne s’invente pas. Le documentaire sur Bruno Schultz m’a causé une tristesse incommensurable. Le français est législateur, ce qui est assez regrettable. Le latin, le défigurer un peu. Le mort saisit le vif, ce vieil adage est admirable (enlevons son hoir plus proche et habile à lui succéder). Le mythe du bon produit. L’envoyer à yn. Le patron du tamanoir dans un livre de Fred." Critique d’Oriane (feutre vert pour le début et bleu à partir du milieu) : quand les écrivains comprendront-ils que la syntaxe est une invention d’écrivain et que dans aucune langue elle n’existe vraiment puisque la créativité consiste à violenter sans cesse les règles prétendues des langues "? 80 % des livres tombent des mains et 99 % disparaissent dans les débarras du temps. Le mythe de la littérature, entretenu par les institutions qui en vivent, reste cependant vivace. Idéologies… idéologies et… positions à défendre.
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"…je commence ma conférence, accusant certains artistes plastiques reconnus, des situationnistes et d’autres plus récents, artistes conceptuels ou appropiationistes, d’avoir tranché le lien entre art et plaisir — entre l’œil et l’appétit. En lieu et place de ces principes désincarnés, j’en appelle à un retour à Bataille et à son idée selon laquelle la culture prend ses racines dans l’irrationnel, le sacrifice, la fête et la sexualité. Les héritiers de cette tradition, avançai-je, sont certains homosexuels d’avant les émeutes de Stonewall…" Critique d’Oriane (Bic rouge) : comment peut-on aligner autant de contrevérités en si peu de mots. Lier art et plaisir sexuel est ignorer presque toute l’histoire de l’art. On ne peut faire d’une discussion qui se veut théorique un plaidoyer pro-domo…
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